Rester modeste malgré la richesse

Paracha Ki Tissa

La monnaie est appelée ‘Shekalim’, dans le sens du mot : ils pèsent beaucoup. C’est la nécessité d’être extrêmement modeste, de ne pas se prendre trop en considération, pour ne pas se tromper soi-même. Tout en étant très fort et courageux, sans absolument se laisser ‘abattre’ par quoi que ce soit. Ce qui correspond à la Troumah / offrande vers Hachem, dont la valeur est d’une moitié de Shekel pour le dénombrement (Chemot 30,13). La moitié se situe au milieu, quand il n’est pas donné d’influencer d’un côté ou d’un autre. D’où toute la difficulté à laquelle Moshe Rabenou a été confronté à propos des Shekalim. Jusqu’à ce que le Saint, béni soit-Il, lui dise (ibid.) « ceci ils donneront » et comme l’explique Rachi sur ce verset ‘Il lui a montré comme la forme d’une monnaie de feu, d’un poids d’un demi-Shekel, et Il lui a dit : « comme “ceci” ils donneront ! » (Chemot Raba)'. Moshe Rabenou ne savait pas comment tout Israël peut mériter d’atteindre le véritable niveau de modestie, et que malgré tout chacun reste fort et très engagé dans la sainteté, comme il convient.

Car au sujet des Shekalim,

il leur a été ordonné (ibid. 15) « le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du Shekel ». C’est une mise en garde pour ne pas devenir orgueilleux. Même si le riche s’estime important et influent, il ne doit pas en venir à augmenter. De même pour le contraire, le pauvre ne doit pas se déconsidérer avec une fausse modestie, qui correspond à l’étroitesse de l’esprit. Il en va de la conduite naturelle du riche de s’enorgueillir. Comme il est écrit (Michlei 18,23) « le riche répond avec arrogance » et (Yermiyahou 9,22) « que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ! » Il s’ensuit que la richesse attire son propriétaire vers le sentiment d’importance. Mais le pauvre et le misérable sont amenés vers le sentiment de modestie. Comme l’écrit le roi David (Ps. 109,22) « je suis, en effet, pauvre et misérable ».

L’essentiel du commandement de la Tsedakah / charité exige du riche d’éprouver de la compassion pour le pauvre, et de s’associer à sa peine. Il lui donne (Devarim 15,8) « en raison de ses besoins, de ce qui peut lui manquer ! » Ce qui correspond à une modestie intègre. Parce que lorsque ce riche ne donne pas pour la bienfaisance, c’est en raison de son arrogance. Dans son esprit, il lui est extrêmement difficile de concevoir les pressions éprouvées par le pauvre. En raison de l’importance de sa richesse, il ne parvient pas à ressentir dans son cœur la raison pour laquelle il bénéficie d’une telle grande richesse. De son côté le pauvre, dans sa maison, sans pain ni vêtements, il perçoit une telle contrainte que s’il parvenait vraiment à admettre dans son cœur la gravité de sa situation, assurément lui parviendrait l’abondance. Seulement, du fait de son manque de discernement, il n’arrive pas du tout à ressentir correctement sa déchéance. Il se résigne à son sort, tout en espérant plus. Quand le riche le considère comme un extorqueur lorsqu’il lui demande de l’aumône. Par conséquent, il souhaite que Hachem ait pitié et lui accorde quelque richesse, un peu ou beaucoup. Il s’ensuit qu’à bien plus forte raison ceux qui possèdent des richesses, des maisons remplies de biens, etc., ils devraient prendre conscience de leur véritable situation. Ils devraient bien se rappeler à eux-mêmes que le pauvre peut être meilleur et plus intègre qu’eux. Et alors, s’associer intimement à sa douleur et sa misère. Alors, assurément, il en viendra à lui prodiguer généreusement son aide, de ses deux mains, avec largesse, en fonction de ses possibilités, et éventuellement encore plus.

Raison pour laquelle grâce à la charité on mérite d’atteindre le vrai niveau de modestie. Car l’essentiel de l’acte de générosité mène à la modestie. En effet, grâce à la charité, on permet au pauvre et au misérable de vivre un peu mieux, ce qui nous conduit à la modestie. Mais, la modestie du pauvre n’est pas entière. En raison de son extrême pauvreté, il peut en venir à une fausse modestie. Ce qu’est soit le mépris, soit la paresse, que nous en soyons protégés. Car il se trouve des situations dans lesquelles il ne convient pas de se rendre soi-même petit. Et lorsque le riche lui distribue de bon cœur des générosités, alors il lui donne de quoi vivre. Il le relève ainsi un peu de son indigence. Il l’élève depuis le principe de la petitesse de l’esprit, ce que représente la fausse modestie. Ainsi, le riche augmente sa propre véritable richesse, parce qu’autrement il en serait venu à ressentir un orgueil absolu. Et grâce à un manque qu’il provoque chez lui, en distribuant de l’aumône au pauvre, ainsi il s’abaisse un peu et il diminue de son orgueil.

En accomplissant cet important commandement de pratiquer la charité, c’est comme si l’on était face à toute la Torah. Ainsi les deux trouvent leur réparation, selon le principe de ‘modestie’ et de ‘grandeur’. Alors, les deux s’incluent dans la sainteté. Parce qu’à leur racine, les deux forment un tout, selon le principe qu’à l’endroit de la grandeur se trouve celui de la modestie. C’est (Ps. 75,8) « Il abaisse l’un, Il élève l’autre ». Parce qu’en s’abaissant soi-même, s’élève le pauvre. Il se répare lui-même et il se sort de l’orgueil et de ‘l’autre tendance’. En s’abaissant ainsi, il ressent dans son cœur la souffrance du pauvre. En lui donnant, il permet de se relever depuis le principe de l’étroitesse de l’esprit, de tout ce qui forme la fausse modestie. Grâce à cela, il inclut ensemble, dans la sainteté, la modestie et la grandeur. Ce qui représente l’essentiel de la plénitude et de la finalité de la vraie modestie.

Cela se rapporte à ce commandement des ‘Shekalim’ qui est relatif à la Tsedakah. Pour mériter ainsi d’accomplir (Chemot 30,15) « le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle / Shekel ». C’est-à-dire que le riche en ne rajoutant pas, il n’en viendra pas à avoir de l’orgueil, qui correspond à la multiplication. Et le pauvre ne diminuera pas, il n’en viendra pas à ressentir une étroitesse d’esprit. Pour que se réalise ce qui est écrit à propos des Shekalim (ibid. 12) « la peste ne sévira pas parmi eux ». Ce que le recensement aurait pu causer, parce qu’il consiste à décompter beaucoup de personnes. Là où se retrouve l’emprise de l’orgueil, d’où vient l’essentiel de la domination de la ‘tendance de la mort’, le contraire de la vie éternelle. Ainsi, grâce à ce commandement des ‘Shekalim’, se rapportant à la véritable modestie, il devient possible de procéder au dénombrement d’Israël, sans provoquer une épidémie, consécutive à la multiplication. Bien au contraire, grâce à l’augmentation du nombre, on mérite un supplément de modestie. Il en va également ainsi de la conduite vis-à-vis de l’humble ou du modeste. D’autant plus on essaiera de l’élever, ainsi il ressentira encore plus la modestie.

Il s’agit donc d’un commandement important qu’Israël se multiplie de plus en plus. Et d’autant plus ils seront nombreux, et ils n’en viendront pas à s’enorgueillir, ainsi augmentent ceux qui servent Hachem et Le connaissent. Ils en viennent à ajouter à la modestie. À leur sujet il est dit (Devarim 7,7) « car vous êtes le moindre de tous les peuples ». Vous vous diminuez vous-mêmes. Ce qui se rapporte au commandement des ‘Shekalim’, au moment du dénombrement d’Israël. De sorte à ne pas provoquer à ce moment la contagion d’une épidémie. Au contraire, grâce au décompte, parvenir à élever les têtes, selon le principe (Chemot 30,12) « quand tu feras le recensement (élèvera la tête) des enfants d’Israël », c’est-à-dire l’étincellement de l’esprit. Ce qui constitue la véritable modestie, l’essentiel de la vie, jusqu’à l’idée de la résurrection des morts. Tout ce qui peut être mérité grâce aux ‘Shekalim’. C’est la Tsedakah qui amène la lumière sur la face. C’est l’étincellement de l’esprit grâce auquel est méritée la véritable et sincère modestie. Et d’autant plus elle s’acquiert en profondeur et en puissance, ainsi d’autant plus se retrouve l’essentiel de la véritable existence éternelle dans la modestie pour chacun de tous les membres.

C’est (Esther 8,15) « et Mordechaï sortit de devant le roi dans des vêtements royaux, bleu de ciel et blanc, etc. ». Grâce à cela (ibid. 15) « pour les Juifs, ce n’était que joie rayonnante, etc. », il s’agit de la Torah. Comme l’ont dit nos Sages ZL (Meguilah 16:) ‘Mordehaï sortit avec...’, cela se rapporte au dévoilement de la lumière de la face du Juste, avec de nombreux rayonnements et des habits lumineux. Il s’agit de l’essentiel de la vision de la face du Juste. Il importe de le regarder (Yeshiyahou 33,17) « tes yeux contempleront le roi dans sa beauté ». Car la Torah nous est dévoilée et éclaircie par la lumière émanant des Justes. Et (Meguilah 16:) ‘la joie, c’est le jour de fête’, lorsqu’on reçoit la sainteté du jour de fête, c’est la face du Juste qui est reçue.

D’où l’obligation pour chaque homme de s’efforcer d’aller à la rencontre de la face de son Maître lors des fêtes de pèlerinages (Soucah 27:). Alors est attirée sur lui la sainteté de l’éclairage de la face du Juste. Car l’essentiel de la réception de la Torah, c’est ce principe mentionné « pour les Juifs c’était le rayonnement... » ce qu’est la Torah, la joie, le jour de fête. Et (Esther 8,17) « l’allégresse » se rapporte à la Brit Milah / circoncision, la garde de l’Alliance que l’on mérite grâce au Juste. C’est Moshe Rabenou, il était séparé dans une grande sainteté.

Source: Elhanan Lepek