Le maître des écorces

Paracha Vayishla'h

Et Mordehai (Esther 8,15) sortit de devant le roi revêtu royalement avec de l’azur, etc. C’est une allusion à la couleur azur dans les Tsitsit. Ceux-ci correspondent au souffle de vie du vrai Juste, de Mordehai. Grâce à lui, il nous est donné de nous renforcer contre ‘le maître des écorces’. Ce que représente Haman-Amalek, le principe de Esaw (Berechit 25,25) « il était roux, tout son corps pareil à une pelisse ».

La guerre de Haman-Amalek exige principalement, dans toutes les générations, de se rapprocher vers les vrais Justes. Car l’essentiel de l’existence dans la sainteté, aussi bien matériellement que le spirituellement, est rendu possible grâce au vrai Juste. C’est le vrai Maître, il possède en lui tout l’esprit de vie propre à la Torah. Il complète tous les manques dans le monde. Il rend possible la réparation de toutes les transgressions qui provoquent l’essentiel des manques. Parce qu’une personne en vient à commettre une transgression, seulement s’il pénètre en elle un souffle de folie (Sotah 3). C’est un souffle d’impureté, un souffle venant du ‘maître des écorces’. Et ce souffle de folie est le contraire du ‘savoir’. Raison pour laquelle la personne se trouve remplie avec des manques. Comme il est écrit (Nedarim 41) ‘lorsqu’il te manque du savoir, qu’as-tu acquis ?’ Aussi, le

Juste, le maître de la vérité, peut réparer tout cela, selon le principe (Michlei 16,14) « un homme sage sait l’apaiser ». Il possède la capacité de pénétrer à l’intérieur du mal de tout un chacun. Et il parvient à le faire sortir de là-bas, à le ramener vers le bien, et à attirer sur lui à chaque instant le souffle de vie dans la sainteté à chaque respiration. Il lui donne de la vie en tout temps, matériellement comme spirituellement. Jusqu’à mériter la finalité de la vérité, là où tout est bien, où il ne manque rien. Comme il est écrit (Ps. 34,11) « ceux qui recherchent Hachem ne manquent d’aucun bien ».

C’est pourquoi l’essentiel de l’existence du monde dépend essentiellement du Juste. Comme il est écrit (Haguiga 12:) ‘sur quoi repose le monde ? Sur le Juste qui est le pilier du monde !’ Mais nous constatons également le contraire. Dans toutes les générations s’élève le principe du ‘maître des écorces’. Il correspond à Esaw, à Haman-Amalek. Ils se renforcent et s’opposent contre le vrai Juste. Esaw estime avoir ‘tout’ ! Comme chacun qui ne recherche pas la véritable vérité, il prétend (Berechit 33,9) « j’ai en abondance / rov ». Ce mot rov / abondance peut être pris dans le sens ‘avoir un maître’. C’est celui qui se choisit un maître en fonction de sa propre convenance. Mais, celui-ci ne parviendra pas à le sortir de là où il se trouve ‘empêtré’ ni à l’extraire de son impasse. Au contraire, il va l’éloigner du Juste, de ce que représentent les différents aspects de la vérité. En effet, il s’alimente à ce principe du ‘maître des écorces’. Ce sont (ibid. 36,40) « les chefs de Esaw ». Ceux qui s’opposent au Juste, ils attirent leur souffle de vie d’eux. C’est-à-dire de ‘l’autre tendance’.

Ils sont particulièrement puissants dans les moments de leur réussite. Ils apparaissent comme s’ils possédaient une véritable importance. Mais, cela ne dure qu’un moment. Pour finir, ils disparaissent comme s’ils n’avaient jamais existé. Durant toute leur existence, ils ont attiré et complété leurs manques prétendant avoir dépassé ce qu’ils avaient escompté. Mais, il s’agit d’une illusion passagère. Car en réalité, à chaque fois, ils ressentent encore plus des manques. Parce que (Kohelet Rabah 7) ‘s’il te manque du savoir, que possèdes-tu ?’ Ainsi, on peut constater que celui qui n’est pas intègre et vraiment droit, il est à la poursuite de son revenu et de sa richesse durant tous les jours de son existence. Alors effectivement tous ses jours sont remplis de manques. Et d’autant plus augmentent ses biens, ainsi il en vient à ressentir encore plus des besoins. Comme l’ont dit nos Sages ZL (Kohelet Rabah 1,32) ‘lorsqu’il possède cent, alors il veut deux cents !’ Il s’imagine pouvoir gagner encore plus. Pour finir, lorsqu’il tire un bilan, il se rend compte qu’il ne possède effectivement rien, parfois il reste même avec des dettes. Comme il est écrit (Michlei 12,27) « la tromperie ne goûte même pas sa proie » et (Hagai 1,6) « il amasse un salaire dans une bourse trouée ».

Plus particulièrement maintenant nous retrouvons de telles situations. Nombreux sont ceux, parmi les riches, qui finissent avec des dettes. Et même celui qui n’est pas endetté, il ressent toujours un vide par rapport à ses dépenses en fonction de son train de vie. Il l’augmente constamment. Jusqu’à ce qu’il ne lui suffise pas ce qu’il gagne ! Sa tête ne cesse pas d’être investie dans ce qu’il ressent comme de la pauvreté. Les gens ne regardent pas vers leur véritable finalité. Ils ne se rapprochent pas vers de vrais Justes. Tant ils sont entraînés par leur train de vie. Car l’attirance vers les manques découle pour eux du ‘maître des écorces’. Ce qui correspond (Yeshiyahou 56,11) « ces chiens avides dans leur nature sont insatiables ». Ils ne parviennent jamais à se sentir rassasiés et se suffire de leur richesse. La conduite inspirée par ‘l’autre tendance’ les entraîne à tenter de combler leurs manques, ce qu’elle est elle-même. Ils ne parviennent pas à assouvir leurs désirs ni à étancher leur avidité.

C’est le principe de Haman, qui est Amalek. Il est de la descendance de Esaw. Il représente l’essentiel du ‘maître des écorces’. Son influence se révèle particulièrement efficace à son heure. Comme il ressort à la lecture de la Meguilah sur la forte emprise qu’il exerça à son heure. Comme il est écrit (Esther 3,1-2) « le roi éleva Haman… et lui attribua un siège au-dessus de tous les seigneurs… ils s’agenouillaient et se prosternaient devant Haman ». Parce que de lui était attirée toute leur existence en vue de compléter leurs manques. Mais (ibid.) « Mordehai ne s’agenouillait pas ni ne se prosternait ». Il savait parfaitement que c’était une forme d’idolâtrie se rapportant à cette notion du ‘maître des écorces’. Il s’efforce de tromper et d’induire en erreur les gens en fonction du moment présent. Raison pour laquelle Haman s’est montré très jaloux de Mordehai. Aussi (Esther 5,11) « Haman leur raconta la grandeur de sa richesse et le rov / grand nombre de ses enfants ». Ce sont les dix enfants de Haman correspondant aux (Tikounei Zohar 21,58) ‘dix couronnes d’impureté’. Ceci en opposition avec les Dix Paroles qui représentent l’ensemble de la Torah. Là où réside le souffle de vie dans la sainteté. Alors que les enfants de Haman font référence aux écorces, d’où provient l’existence de ‘l’autre tendance’, du ‘maître des écorces’. Selon l’expression ‘rov / nombreux’ étaient ses enfants. Précisément ‘rov’, cette notion de ‘rav / maîtres des écorces’.

D’où l’importance de l’honneur retiré au moyen de sa richesse. La richesse vient du Tsafon / nord. Comme il est écrit (Yov 37,22) « du nord s’avance un ciel doré ». Et (Baba Batra 25:) ‘parce qu’il se trouve du manque dans le nord’. De là la nécessité de compléter ses manques. Il s’est vanté de sa richesse et qu’il se réjouit de parvenir à compléter tous ses manques. Parce que (Kohelet 10,19) « l’argent répond à tout ! » Tous les désirs de l’homme semblent pouvoir être seulement assouvis au moyen de l’argent. Il s’ensuit que la fortune devrait permettre de compléter les manques. Mais en vérité, l’argent et la richesse venant de ‘l’autre tendance’ ne constituent pas du tout une richesse ! Parce qu’à chaque fois il ressent des manques plus importants. Selon (Avot 3,7) ‘la multiplication des biens augmente les soucis’. Comme il est possible de s’en rendre compte avec Haman lui-même, que son nom soit effacé. Car même dans les moments de son extrême importance, lorsque l’heure lui était très favorable, quand il s’est beaucoup vanté devant sa femme et ses amis des honneurs qui lui sont rendus, de sa fortune et de ses nombreux enfants. Il leur a lui-même déclaré sa peine et sa douleur. Comme il est écrit (Esther 5,13) « mais tout cela est sans valeur à mes yeux, tout le temps que… ». Il s’ensuit que même à l’époque de sa grandeur, il était rempli de colère et de douleur. Il en va ainsi pour la plupart des gens qui n’observent pas vers leur finalité. Et cela pour tout un chacun, en fonction de ce qu’il ne s’est pas encore rendu pur des écorces et des impuretés de Haman-Amalek. Ainsi, il reste constamment rempli de soucis, de manques, même durant les moments de sa grandeur. Et plus particulièrement celui qui ressent dans son cœur de la jalousie sur la réussite ou la richesse de son prochain. Car alors, tous les biens du monde ne parviendront pas à le satisfaire. Son esprit n’a pas de repos en constatant chez son prochain des bénéfices. À bien plus forte raison quand il voit d’autres gagner beaucoup plus que lui. Tout cela vient du ‘maître des écorces’ pour lequel (ibid.) « tout cela est sans valeur, tout le temps que… »

Haman est devenu encore plus jaloux lorsqu’il a constaté que Mordehai ne se prosternait pas devant lui. Aussi, on lui a conseillé d’ériger un arbre comme potence, haut de cinquante Amot. En rapport avec l’arbre de la connaissance du bien et mal. De là s’alimentait Haman le mécréant, qu’il disparaisse. Comme l’ont dit nos Sages ZL (Houlin 139:) ‘où trouve-t-on Haman dans la Torah ?’, ils ont répondu (Berechit 3,11) « Hamin / de cet arbre ». Il existe en effet deux différents arbres, l’arbre de la vie et l’arbre de la mort. L’arbre de la vie correspond aux cinquante portes de la sainteté. Au contraire de l’arbre de la mort qui correspond aux cinquante portes d’impureté. Et il est connu (Pri Ets Haim R.H. 2) ‘personne ne parvient à atteindre la cinquantième porte, mais uniquement le Mashiah’. Même Moshe Rabeinou, qu’il soit en paix, pour lequel il est écrit (Ps. 8,6) « Tu l’as fait presque l’égal des êtres divins », il n’a atteint que la quarantième-neuf portes. Du fait de sa grande élévation, il a pu descendre à l’intérieur de toutes ces quarante-neuf portes d’impureté. De là-bas venait l’alimentation de Pharaon et de l’Égypte. Il a brisé tous leurs conduits. Grâce à cela, il a sorti Israël de son exil, matériel et spirituel. Et, comme cela est connu, il les a fait pénétrer dans les quarante-neuf portes de la sainteté.

Chabat Chalom
Kupath Rabbi Meir Baal Haness
Elhanan