Nous ne savons rien !

Paracha Haye Sarah


Il existe une grande règle, il est très important de la connaître : nous ne savons rien ! La Torah, Israël et le Saint, béni soit-Il forment un tout unique (Zohar Aharei 73). Et de même qu’il nous est absolument impossible de Le saisir, béni soit-Il, parce qu’aucune pensée ne possède la capacité de L’appréhender (Tikounei Zohar 17). Ainsi, il ne nous est pas donné de comprendre les profondeurs de la Torah. Également, nous ne saisissons pas l’importance des Nechamot / âmes d’Israël. Même celles des moindres parmi eux. Et ce qui se passe avec tout un chacun, ou la raison pour laquelle il est venu dans ce monde, ou que va-t-il arriver avec lui, etc. Mais si tout est caché et invisible, alors nous ne devrions avoir aucune connaissance sur la manière dont il convient de Le servir, béni soit-Il. Pourtant, dans Sa grande Miséricorde et Son Amour pour Son Peuple Israël, il nous a été dévoilé le secret concernant notre service. Car dans Sa bonté, Il nous a donné la Torah par l’intermédiaire de Son Serviteur Moshe Rabenou. Il éclaire nos yeux, il nous a fait connaître la Torah et les commandements. Ils représentent

notre existence, pour vivre dans ce monde, et pour mériter par leur intermédiaire la finalité éternelle.

Néanmoins, même maintenant qu’il nous est donné la possibilité de connaître la Torah et les commandements, nous ne savons rien du tout ! Comme il est écrit (Ps. 119,129) « admirables sont Tes Témoignages ». Aussi, il nous incombe de réaliser la Torah comme cela nous est commandé. Mais le sens des commandements, les profondeurs de la Torah, ils sont pour nous très voilés et cachés. Comme il est écrit (Kohelet 7,23) « je m’étais dit : je veux devenir sage, mais la sagesse s’est tenue éloignée de moi ». C’est avoir la conscience que d’autant plus on se rapproche vers Hachem, vers les Justes, combien nous sommes encore effectivement très éloignés d’eux. Car également le Juste reste caché et extrêmement voilé pour nous. Mais, de même qu’Ils sont pour nous tellement éloignés, de même Ils sont proches et à côté de nous. Il nous est donné de Les découvrir. 

Ainsi, comme Ils sont proches, Ils sont aussi éloignés et extrêmement dissimulés. Pourtant, paradoxalement ces deux différentes situations sont toutes les deux la vérité. Comme nous le dit le verset (Yeshayaou 57,19) « salut à celui qui est loin et à celui qui est proche ». Le Saint, béni soit-Il, est caché et Il est dévoilé. Également la Torah, elle est occultée et manifeste. De même pour les Justes. Quant à la sainte Emounah / croyance, nous ne comprenons rien dans son essence. Malgré cela pour le croyant, il existe une évidence, il sait et il appréhende comme s’il voyait de ses propres yeux, en raison de sa grande et entière Emounah.

Il nous faut savoir, Hachem, béni soit-Il, nous vient en aide. Il s’illumine en nous quelques étincelles. Et nous ressentons comme des rapprochements. Cette proximité venant de Hachem, béni soit-Il, est véritable. Elle constitue une très grande et extraordinaire miséricorde en notre faveur. Malgré tout, il ne faut pas en arriver à se tromper soi-même, et estimer se trouver déjà très proche de Hachem, béni soit-Il, ou des Justes. Mais, il est important d’avoir bien présent à l’esprit ce qui précède : autant on peut ressentir un très fort rapprochement, pourtant on se situe encore extrêmement loin. Car Sa Grandeur dépasse toutes les limites de l’entendement. C’est absolument au-delà de toutes explications. Malgré tout, il faut savoir que toutes les attentes et les miséricordes, lors de toutes les tentatives de rapprochement, représentent des bontés exceptionnelles. Ce sont de véritables proximités et des délivrances pour l’éternité. Bien que pour l’instant nous soyons encore très loin de Lui, béni soit-Il. La finalité de Sa Délivrance réclame notre patience, d’être dans son attente, jusqu’à mériter une délivrance complète. Ce qui exige de s’extraire de là où nous devons sortir, et de se rapprocher vers là où cela est nécessaire de se retrouver dans une proximité. Cela correspond à ce qui est écrit à propos de notre Père Avraham (Berechit 22,4) « il aperçut l’endroit dans le lointain ». Et (Chemot 2,4) « sa sœur se tint à distance ». 

C’est parvenir à observer de loin la délivrance. Là se situait l’essentiel de l’épreuve à laquelle était soumis Avraham. Parce que Hachem, béni soit-Il, lui avait promis de multiplier sa descendance. Ils vont hériter du pays. Là-bas se trouve l’emplacement du saint Sanctuaire. Mais par la suite, il lui a été commandé de sacrifier son fils Yitshak. Et malgré tout, il n’a pas recherché à remettre en cause les demandes de Hachem, béni soit-Il. Il est allé, simplement, procéder à ce sacrifice. Lorsqu’au troisième jour, comme il est écrit (ibid.) « Abraham, levant les yeux, aperçut l’endroit dans le lointain ». Il a vu, avec ses yeux, l’emplacement du Mont Moriah, là où à l’avenir sa descendance verra toutes Sa Grandeur et Ses Bontés, pour Le connaître, béni soit-Il. Il a bien vu ces bons endroits que méritera sa descendance. Seulement, il l’a vu dans un très grand éloignement. Parce que malgré tout, présentement, il amène son fils Yitshak au sacrifice.

De même pour Myriam, au début elle a prophétisé sur Moshe Rabenou qu’il allait être le Libérateur d’Israël. Mais par la suite, elle a vu qu’on le jette dans les eaux. Alors (Chemot 2,4) « elle se tint à distance ». Elle a regardé à distance comme sa prophétie, concernant le sauveur d’Israël, allait se réaliser. Bien que maintenant on le jette dans les eaux ! Il en va ainsi de la conduite du monde, pour chaque génération, en général comme en particulier, dans les moindres détails. Il ne nous est pas donné la possibilité de la comprendre ou de l’expliquer. Celui qui examine attentivement, il constate au sujet d’Avraham lui-même, qu’également après la délivrance de Hachem, béni soit-Il, quand Il lui a été ordonné (Berechit 22,12) « ne porte pas la main sur ce jeune homme », Yitshak a été sauvé. Immédiatement à la suite, il a été obligé de s’engager à lui trouver son conjoint. Ensuite, lorsqu’il lui a été annoncé la naissance de Rivkah, il a également vu en cela une délivrance. Mais, pour l’instant, elle se trouve encore très éloignée. Car elle vient de naître et Yitshak est âgé de trente-sept ans. Après cela, en revenant chez lui, il constate que notre Mère, la sainte Sarah, sa femme vient de décéder. Et il ne possède pas d’endroit où l’ensevelir. Il a dû engager de très grands efforts, et avec l’aide de Hachem, béni soit-Il, par de prodigieux miracles, il a pu retirer le Caveau de Mahpelah de Ephron de Hitti. À la suite de cela, il a été obligé de beaucoup demander pour que l’épouse de Yitshak puisse venir dans sa maison. Ainsi, la sainte Torah s’étend longuement dans les descriptions de tous ces événements. De très impressionnants prodiges ont été nécessaires pour sortir Rivkah de la demeure de Betouel et de Lavan. Pour l’amener jusque vers Yitshak et engendrer la communauté d’Israël dans le monde. De même pour tout ce qui s’est passé par la suite avec Yitshak. Sa femme était stérile, etc. Et encore bien plus, tout ce que Yaakov a dû endurer, etc. Mais à chaque fois, Hachem, béni soit-Il, leur est venu en aide.

Pourtant, la plénitude de la finalité de la délivrance se trouve encore éloignée. Même maintenant, dans notre génération, avec toute l’aide prodiguée par Hachem, béni soit-Il, à nos Pères, l’institution de la communauté d’Israël dans le monde, le Don de la Torah, la construction du Sanctuaire, etc. Innombrables sont les bontés et les prodiges dont nos Pères, et nous aussi jusqu’à ce jour, nous avons été les bénéficiaires. Il n’en reste pas moins que nous sommes encore très éloignés de la finalité de la délivrance. Mais, celui qui exerce un regard pertinent, il peut constater tous les miracles et toutes les bontés qui nous sont prodigués tous les jours, à chaque instant. Comme nous le disons dans nos prières ‘pour Tes Miracles quotidiens avec nous, et pour Tes Prodiges et Tes Bontés de chaque instant, soir, matin et après-midi, etc.’. Malgré tout, la délivrance nous apparaît comme étant encore très loin. Parce que nous nous trouvons, à cause de nos nombreuses fautes, encore pris dans les extrêmes rigueurs de l’exil. Nos forces pour le supporter atteignent presque leur limite. Plus particulièrement concernant l’exil du Nefesh / âme qui forme l’essentiel, comme chacun le sait. Car (Sforno sur Chemot 3,9) ‘les douleurs et les peines sont ressenties dans son cœur’. Et malgré cela, il nous est donné de constater des délivrances venant de Hachem, béni soit-Il, et Ses prodigieuses Bontés à chaque instant.

 Même celui qui n’a pas la capacité de voir chaque jour Ses Miséricordes, il doit au moins ‘croire’. Car de toute évidence les paroles de nos Sages ZL sont vraies et justes. Ils nous ont dicté de dire trois fois par jour ‘pour Tes Miracles que Tu nous prodigues chaque jour, pour Tes Prodiges et Tes Bontés de chaque instant’. Ainsi de nombreux versets (Ps. 68,20) « chaque jour on nous accable, mais Hachem est notre salut », ou (Eihah 3,22) « les bontés de Hachem ne sont pas taries et sa miséricorde n’est pas épuisée ». Celui qui ne parvient pas à voir les renouvellements de ces miséricordes et de ces prodiges chaque jour, au moins il doit croire que ces exceptionnelles manifestations en notre faveur se produisent chaque jour. C’est en allusion dans ce verset (ibid. 23) « infinie est ta bienveillance ». D’où la nécessité pour nous d’avoir une forte Emounah, que chaque jour sont attirées d’extraordinaires bontés, selon l’expression (ibid.) « elles se renouvellent chaque matin ».

Il s’ensuit qu’effectivement nous constatons et nous croyons constamment que Hachem, béni soit-Il, agit avec nous selon Ses Attributs voilés. Toutes ces délivrances se produisent selon ce principe mentionné (Berechit 22,4) « il aperçut l’endroit dans le lointain ». Mais nous voyons que nous méritons chaque jour de nous envelopper dans un Talith, nous attachons les Tefilin, nous accomplissons quelques commandements. Comme l’ont dit nos Sages ZL ‘même les moindres dans Israël sont remplis de commandements comme une grenade’. À l’évidence, il s’agit d’exceptionnelles délivrances. Elles seules représentent la finalité de tout le monde. Rien d’autre ne subsistera de tout ce que nous attrapons dans ce monde qui passe. Seulement Sa Torah et Ses commandements représentent notre existence pour l’éternité. Plus particulièrement pour ceux qui méritent de ressentir quelques goûts dans la Torah, dans les renouvellements de la Torah, dans les prodigieux conseils des vrais Justes, etc. ceux qui ont le privilège d’apprécier le vrai savoir. Ils ont vu l’évidence des extraordinaires prodiges, bontés et délivrances dans tous les jours et à chaque instant. Mais, il est nécessaire de savoir que malgré tout se maintiennent ces principes mentionnés « il aperçut l’endroit dans le lointain » et « elle se tint à distance ». Précisément grâce à cette notion de ‘au loin’ il est possible pour tout un chacun, en fonction de son niveau, de se renforcer et de se maintenir constamment face à tout ce qui se passe avec lui, avec tout ce qu’il doit affronter.

Chabat Chalom
Kupath Rabbi Meir Baal Haness
Elhanan